Betamax : sévère mise en garde contre les politiciens ?

Par Eshan Dinally O commentaire
Veekram Bhunjun et Ashit Gungah

« Halte ou je fais feu ! » Cette sommation de Betamax au gouvernement mauricien est à prendre très au sérieux, malgré le fait que la demande d’injonction devant la Cour de Karnataka, en Inde, se résume par « plus de peur que de mal ». Après des garanties obtenues de la State Trading Corporation (STC), cette cour indienne a revu sa décision d’interdire le tanker Pacific Diamond –avec à son bord 40 000 tonnes de carburant – de quitter le port de Mangalore pour mettre le cap sur Port-Louis.

En dépit de sa réaction prompte et efficace pour éviter toute pénurie de carburant, le gouvernement ne doit pas chanter victoire. Et surtout ne pas se bomber le torse d’avoir pu neutraliser la dynamique néfaste engendrée par l’action légale de Betamax. Cette démarche de Betamax est un sévère avertissement aux politiciens de tout bord. Surtout à ceux qui sont tentés de se livrer à une « remise en ordre », s’apparentant à la chasse aux sorcières après chaque changement de gouvernement. Le parti ou l’alliance qui succédera à l’alliance MSM-ML dans deux, sept ou douze ans doit tirer des leçons de l’affaire Betamax.

Primo, bien qu’un contrat sente à mille lieues le hold-up sur la trésorerie publique, il y a dans un État de droit des règles à suivre avant de le résilier. De fait, l’avis du parquet ou, à défaut, des légistes de référence doit primer sur les pulsions politiciennes. Secundo, quand bien même un gouvernement bien pensant devrait  assurer ses arrières avant de faire tomber le couperet, surtout lorsqu’il y va de décisions stratégiques touchant les deniers publics. Tertio, un accord est toujours moins risquant qu’un procès et il faut faire preuve d’humilité. Il se peut que Betamax n’aurait pas poussé le bouchon jusqu’à Mangalore si étienne Sinatambou, porte-parole du gouvernement, n’avait pas affirmé, lors d’une conférence de presse, que la firme mauricienne ne serait pas dédommagée, malgré un verdict d’arbitrage en sa faveur. L’État est appelé à lui verser Rs 4,5 milliards.

Bref, l’affaire Betamax a créé un dangereux précédent.  à l’avenir, la tentation sera forte pour les compagnies qui feront affaire, même la plus sombre, avec l’État, de se doter d’une assurance tous risques avec, en prime, de récolter les bénéfices en terre étrangère. L’ironie dans notre système, où tout le monde est censé avoir les mêmes droits, est qu’il n’est pas sûr qu’une petite et moyenne entreprise assujettie à ce genre de traitement aurait pu livrer une si onéreuse bataille légale. Cela aurait été une confrontation entre pot de terre et pot de fer. à l’inverse dans le cadre de certains accords d’investissements, imprégnés de clauses confidentielles, certaines compagnies multinationales, avec le soutien de leurs gouvernements respectifs, imposent aux États dits souverains de les... dédommager à la moindre décision jugée néfaste à leurs intérêts. Or, ce néocolonialisme économique là, tout aussi pervers que le bal des petits copains-copines, personne n’en parle. Après tout,  la loi de la jungle n’induit-elle pas qu’on agit en lion devant la souris, mais se raplatit en chat miaulant devant le tigre ?