Bashir Jahangeer, député du MSM : «Le mercato politique est ouvert»

Par Jean Claude Dedans O commentaire
Bashir Jahangeer

Il le dit entre les lignes. Il peut être foncièrement MSM, mais rien ne dit ne franchira pas le Rubicon, si l’occasion se présente. Pour Bashir Jahangeer du MSM, l’heure du mercato politique a sonné.

On vous considère comme un député par défaut…
J’ai toujours eu un intérêt pour la politique depuis mon retour du Koweit. D’abord, j’avais eu une rencontre avec Arvin Boolell, mon voisin au Ward IV à Port-Louis. Puis, il y a eu cette fibre de batailleur de tout étudiant fréquentant le John Kennedy College (JKC). D’ailleurs, c’est le JKC qui a été le déclencheur de la grève des étudiants de 1975. Puis, il y a aussi la famille proche, comme Khalid Tegally, Cassam Uteem...

Pourquoi le MSM ?
Avec le boom économique de 1983, j’ai été impressionné par SAJ qui m’a demandé de me porter candidat en 1995 en me disant ceci : « On va perdre ces élections, réfléchis bien ». J’ai refusé l’investiture au No 2. Mais j’ai été candidat élu aux municipales remportées alors par le MMM/MSM en 2001.

Au Parlement, vous êtes tagué frondeur, pour ne pas dire « bad boy ». Pourquoi cette étiquette ?
Quand quelque chose va mal, je le dis tout haut, suivant mon principe.

La partielle au No 18 est un ‘non-event’ pour le MSM »

Cela vous a valu quelques séances de ‘brosse la tête’…
J’ai effectivement subi quelques remontrances parce que ce que je dis dérange, mais mon leader sait que j’ai raison.

Votre plus féroce adversaire n’est nul autre qu’Ivan Collendavelloo, qui ne le cache pas d’ailleurs…
Je n’ai rien de personnel contre le ministre Collendavelloo. Il est un avocat, pas un technicien et ses officiers le mènent en bateau. Pourquoi le ministre Anwar Husnoo peut-il mater les médecins ? Parce qu’il connaît les rouages de son ministère, l’ayant servi par le passé. Alors qu’Ivan Collendavelloo ne maîtrise pas toujours ses dossiers. C’est une vraie catastrophe, il accepte ce que ses officiers lui imposent.

À titre d’exemple ?
Le contrat de quatre turbines de 15 mégawatt chacune pour le CEB. Le soumissionnaire le plus bas a été évincé parce qu’une compagnie sous-traitante avait un tableau financier pas satisfaisant et sans même demander des explications c’est le soumissionnaire le plus cher qui a été retenu. Puis, il y a des contrats qui seraient taillés sur mesure. D’où mon agacement et mes questions au Parlement.

Pourtant, le ministre a brandi les profits générés par le CEB après des années dans le rouge…
Ce qui se passe au CEB ne me plaît pas du tout. Le CEB a créé deux compagnies privées, alors que le but de cet organisme est de pourvoir de l’énergie propre et sécurisée. Le CEB se targue de faire des profits, mais ne dit pas qu’il a bénéficié de la chute du cours au niveau mondial.

Vous auriez mieux fait à la place de l’actuel titulaire au poste des Utilités publiques ?
Pas nécessairement, mais pour être ministre des Utilités publiques, il faut une formation d’ingénieur et de technocrate. Si j’étais ministre, j’aurais fait mon ‘homework’ et ne pas donner l’opportunité à l’opposition de me malmener. Quant à la performance du ministre Ivan Collendavelloo, no comment.

Certaines de vos questions parlementaires ont été retirées sur demande expresse du Premier ministre. Mauvais élève de nouveau ?
Aux réunions parlementaires, on discute des questions et surtout les ‘catching points’ et, si besoin est, et à la demande de la direction de mon parti, je retire mes PQs contre mon gré. Histoire de ne pas gêner.

Si une alliance MSM/MMM se concrétise, Paul Bérenger n’acceptera pas d’aller au Réduit »

Rêveriez-vous d’être un jour ministre ?
Être ministre m’aurait permis d’atteindre mon but au plus vite, soit d’apporter ma contribution au pays.

Et vous auriez offert de l’eau sur une base 24/7 ?
Offrir l’eau potable dans les robinets est réalisable, il faut tout simplement la bonne approche. Alors que, maintenant, ce n’est pas le cas. Ce problème de distribution va être enlevé de la CWA qui passera la main à son partenaire stratégique. Car, valeur du jour, la CWA a déjà mis de côté le concept 24/7. En d’autres mots, c’est Ivan Collendavelloo qui passe la main du 24/7 au partenaire stratégique à venir.

Abordons le volet pure-ment politique. On vous dit plus proche que jamais de l’opposition…
J’ai des amis au sein du PMSD, je ne le cache pas. Ce sont des politiciens de mon âge, avec lesquels je partage certaines idées communes.

Pour vous, le MSM c’est fini, flush out for ever ?
Entre septembre 2017 et mars 2018, le mercato politique est ouvert. Ceux et celles qui veulent faire le grand saut, c’est durant cette période qu’il faut le faire.

Sinon, le train vous laisse sur les quais ?
If the crossing of the floor is not done in between this period, ce sera trop tard, on vous prendra pour des rodère boutes.

Et vous, dans tout ça ?
Qui sait, dépendant de l’offre. Pour le moment, je reste au MSM, même étant perçu comme un bad boy. Mais, je le répète, c’est l’occasion de sauter du gouvernement vers l’opposition, ou vice-versa, it’s political mercato time.

Le dossier de Metro Express a été comme une grosse patate chaude pour le gouvernement. Qu’est-ce qui a cloché, selon vous ?
On dit que le gouvernement s’empresse, pas du tout. On a un deadline à respecter pour éviter le penalty de Rs 13 millions par jour à Larsen & Toubro.  Le gouvernement a donné du temps à ces habitants de vider les lieux. Je trouve dommage qu’il y ait eu un manque ou une mauvaise communication sur toute la question et qu’il y ait eu une exagération en faisant venir les soldats de la SMF pour déloger ces habitants de La Butte et de Résidence Barkly.

Et le discours du ministre Etienne Sinatambou à Rési-dence Barkly ?
Etienne Sinatambou a mal utilisé ses mots, la communication s’est très mal passée, alors que le geste d’ouvrir le dialogue avec les habitants de Résidence Barkly est fort louable. Mais, je dois faire ressortir qu’il y avait parmi les agitateurs quelques agents d’autres partis politiques.

Et la sortie en règle du ministre Showkutally Soodhun contre une dame lors d’un séminaire sur les maisons de la NHDC ?
Je n’ai qu’une chose à dire au ministre Showkutally Soodhun : Silence is golden !

Après le départ de Manish Gobin en tant que Chief Whip du gouver-nement, la place vous reviendrait-elle de facto ?
Au No 13, c’est après plus d’un quart de siècle que la circonscription accueille un ministre. Je souhaitais être nommé PPS et aussi Chief Whip, pourquoi pas ? Mais, le mieux placé pour ce poste est Sudesh Rugoobur. Je reconnais que j’ai du caractère pour rameuter le troupeau au Parlement, j’ai aussi du peps et de la gueule. Manish Gobin est quelqu’un de trop gentil, doux pour le poste de Chief Whip. Mais, il fera bien comme Attorney General.

L’affaire Ravi Yerrigadoo doit vous interpeller…
En Inde, au déraillement d’un train accidenté, au Koweit, au moindre black-out, fut-il d’une demi-heure, les ministres concernés soumettent leur démission, « as they failed in their duty ». Si j’étais Attorney General, j’aurais soumis ma démission dès que l’affaire me concernant aurait pris de l’ampleur.

Un énième rapproche-ment du MMM avec le MSM est de toutes les conversations, avec le body language des uns et des autres…
Si une alliance MSM/MMM se concrétise de nouveau, cela ne m’étonnerait pas. Si cela peut apporter un plus pour le pays, why not ? Je ne suis pas contre une alliance MSM/MMM.

Que feriez-vous de Paul Bérenger, le placarder au château du Réduit ?
Le connaissant et si une alliance MSM/MMM se concrétise, Paul Bérenger n’acceptera pas d’aller au Réduit, il aime trop le day-to-day affair of the business pour cela. Donc…

La date de la partielle au No 18 est enfin connue, le MSM serait-il finalement de la partie ?
Le MSM ne présentera pas de candidat à la partielle au No 18. Le gouvernement veut en finir avec cette partielle et nous laisser les deux ans qui restent de notre mandat à finaliser nos projets. La partielle au No 18 est un non-event pour le MSM. Le gouvernement ne donnera son support à aucun des candidats de l’opposition.

Le gouvernement a-t-il peur d’une raclée au No 18 ?
Si le gouvernement alignait son candidat, nous pourrions mater les partis de l’opposition, mais en travaillant dur sur le terrain. Même si on dit que le siège vacant est celui délaissé par Roshi Bhadain, un ex-MSM, je le répète, la partielle est un non-event pour le MSM.