Ashit Gungah, ministre du Commerce : «La raffinerie à Albion est enterrée»

Par Jean Claude Dedans O commentaire
Ashit Gungah

Ouf de soulagement pour les protestataires. Le gouvernement a tranché : le projet de raffinerie à Albion a été enterré. Le ministre du Commerce, Ashit Gungah, demeure intransigeant également sur la hausse des prix du pain et du ticket d’autobus. Pas question, dit-il.

Lors du dernier budget, il y a eu une baisse de 10 sous sur le pain maison et une baisse de 17 % sur la farine blanche et 32 % sur celle marron au kilo. Pourtant, les boulangers demandent une hausse des prix du pain qui n’ont pas connu de majoration depuis 2012. Mangez-vous de ce pain-là ?
J’ai pris connaissance de la demande de diverses organisations syndicales des boulangers et leur demande d’augmentation des prix du pain intervient juste après la hausse des prix du fioul. Je rappelle que, lors du dernier Budget, la farine, blanche et brune, a connu une baisse conséquente après analyses de différents éléments des boulangeries. Cette baisse n’est pas intervenue ‘out of the blue’.

Voulez-vous dire que les boulangers extorquaient les consommateurs avant cette baisse de 10 sous ?
Il y a eu cette baisse de la farine et celle du gaz ménager et ne voilà-t-il pas que les boulangers réclament une hausse des prix. On va les analyser leur demande, mais il n'est pas question d’augmenter les prix du pain.

Pourtant, ils avancent que, depuis cinq ans, il n’y a pas eu de révision des prix du pain…
Nos analystes ont pris en considération cet aspect des choses et je maintiens qu’une hausse n’est aucunement justifiée. Et accepter une augmentation après la hausse du fioul ne tient pas la route.

Ces mêmes boulangers affirment que leur production a terriblement été réduite avec l’arrivée des grandes surfaces et leurs pains spéciaux non-contrôlés…
D’abord, il y a eu une augmentation du nombre de boulangeries qui opèrent à Maurice. Puis, la tendance des Mauriciens a changé, ils sont friands des pains dits spéciaux et il y a une logique que les grandes surfaces vont bouffer dans l’assiette des boulangeries traditionnelles.

Pour vous, les boulangeries devraient-elles aussi se mettre aux pains spéciaux ?
C’est à eux de décider, il y a toute une stratégie de marketing à adopter, tout est une question d’adaptation. Je dois dire que les boulangeries ont un rôle important qu’on ne peut décrire, mais les habitudes des consommateurs changent.

Adapt or perish ?
Je n’irais pas jusque-là, les boulangers sont dans leur métier, ils doivent s’adapter.

Il y a comme un hic avec ces pains dits spéciaux : leurs prix ne sont pas contrôlés et il y a beaucoup d’habillage, semble-t-il…
Ce sont aux consommateurs de juger et de jauger. Ces pains spéciaux, qu’ils soient à base de sésame, parisienne, au beurre, entre autres, ne  sont pas uniques à Maurice. Si un client achète un pain spécial et découvre par la suite qu’il a été berné dans l’habillage, il ne se laissera pas avoir une deuxième fois. Toutefois, contrôler leur prix est difficile.

Pas question d’augmentation des prix du pain

Que fait le ministère pour avoir un contrôle sur les prix de certains produits de base, qui augmentent de semaine en semaine ?
Mon ministère ne contrôle pas tous les produits, sauf ceux de base. S’il s’avère que ces augmentations ont lieu comme au petit bonheur, nos officiers vont vérifier les prix payés à l’importation et ceux pratiqués au final à la vente. Et agiront en conséquence.

Les protagonistes des autobus individuels se mettent aussi de la partie et réclament une hausse des tickets. Que leur répondez-vous ?
Il est vrai qu’il n’y a pas eu de révision du coût des tickets d’autobus depuis cinq ans. Ce qu’ils taisent, c’est que depuis quinze mois, le litre d’essence a connu une stabilisation à Rs 35.85 le litre et le diesel une baisse de Rs 6 pour passer à Rs 29.50.

Suivant votre logique, les opérateurs auraient dû passer cette baisse au public voyageur ?
Quand il y a une baisse, je fais toujours un appel aux opérateurs pour qu'ils jouent le jeu, mais il n'y a eu aucune action de leur part. Quand il  y a hausse, ils utilisent ce prétexte pour réclamer une augmentation  au coût des tickets. Est-ce qu’ils méritent une augmentation ? Le ministre de tutelle l’a dit : pas question ! Je m’en tiens à sa décision.

Venons-en à la STC : cet organisme avance qu’il a subi des pertes de Rs 216 M ces derniers mois. Ne nous roule-t-il pas dans la farine ?
Je ne pense pas qu’il y ait eu une mauvaise utilisation de ce fonds. Quand j’ai pris mes fonctions, il fallait revoir le prix au détail du diesel et de l’essence qui ne reflétait souvent pas le cours mondial. Il se peut que, quand il y a une baisse là-bas, cela n’ait pas été appliquée à Maurice. Il fallait revoir le mécanisme.

Et quid des solutions ?
Il fallait revoir le prix de référence, ce qui se faisait six mois à l'avance et six mois après la date de la prise de décision pour fixer les prix. Dorénavant, le ratio est passé à chaque trois mois. Deuxièmement, la question était de savoir s’il fallait utiliser la structure du Stabilisation Account pour passer le surplus aux consommateurs. Finalement, ce sont Rs 600 M et Rs 900 M respectivement pour l’essence et le diesel qui demeurent le plafond de sécurité de ce compte. Tout surplus est passé aux consommateurs. Il y a eu deux baisses, en novembre 2015 et février 2016. Mais, quand le cours mondial a grimpé, le fonds disponible avait diminué. D’où la décision de garder Rs 100 M et pour le diesel et pour l’essence dans ce fonds. Mais quand il passe au rouge et que la STC doit payer les arrivées des tankers, ce fonds diminue davantage. La STC a perdu Rs 75 M pour l’essence et Rs 73 M pour le diesel avec la tendance mondiale sur le cours du brut. D’où l’accumulation des pertes de Rs 216 M de la STC et l’augmentation récente qui a suivi. Et si la tendance mondiale se maintient, il n’y aura pas de hausse de sitôt.

Pourquoi indexer autant de taxes jugées « inutiles » et qui gonflent les coûts de la STC et les prix à la pompe ?
Cette structure date depuis des années. Il y a eu des changements et des taxes qui ne sont pas uniques à Maurice. Le produit le plus taxable dans le monde est le pétrole et Maurice n’y échappe pas.

Qu’en est-il du projet d’un nouveau centre de stockage de produits pétroliers ?
Le gouvernement avait un projet de stockage à Mer Rouge et on avait donné une marge de profit à une compagnie pétrolière, mais il n’a jamais vu le jour. L’argent va nous être retourné en quatre ans. Le gouvernement a créé un nouvel item, un storage of petroleum project, dans lequel la STC sera partie prenante.

Pour la raffinerie d’Albion, le projet est-il maintenu malgré des protestations en Cour ?
Le gouvernement a eu une proposition pour une raffinerie à Albion, après des études en 1998 et 2002 qui ont démontré que le port actuel était saturé et qu’il fallait trouver une place alternative. La seule était Albion, avec sa profondeur de l’eau de mer et la brise favorable. On ne voulait pas mettre en péril notre tourisme et la vie des Mauriciens.

Le projet est toujours ‘on target’ ?
Le gouvernement a imposé des conditions strictes qui ne pouvaient pas être respectées par ceux qui allaient réaliser le projet de raffinerie. Le projet de raffinerie de pétrole à Albion est mort.

Ouf de soulagement pour les protestataires ?
Certainement. Mais le gouvernement a identifié un autre projet de stockage, après qu’un Memorandum of Understanding (MoU) a été signé entre l’Inde et Maurice. En gros, on va construire un dépôt de produits pétroliers et utiliser Maurice comme un centre pour faire du bunkering.

Où en est le projet ?
Le projet ne pouvait démarrer, car il fallait construire une jetée qui allait coûter des milliards de roupies. Lors de la visite de Pravind Jugnauth en Inde, alors qu’il était aux Finances, il a discuté du projet et de ses contraintes et le gouvernement indien a accepté de financer la construction de la jetée partiellement par le biais d'une ‘grant’. L’étude de préfaisabilité est faite déjà.

Cette jetée et ce stockage seront situés où ?
Le stockage de fioul sera à Albion et se fera en respectant tous les paramètres.

Restons dans le domaine du pétrole. Le 'deadline' pour l’appel dans l’affaire Betamax approche. La STC le fera-t-il, même si le contrat pour cet arbitrage pourrait donner gain de cause à Betamax ?
La STC fera sa demande pour que la 'arbitral award' soit 'set aside'. Comme un gouvernement responsable, nous allons agir afin d’éviter de mettre le pays à genoux.

Serait-ce un 'hedging' no 2 ?
Ce n’est pas un hedging et on va faire appel contre cette ‘award’. Soit on gagne, soit on perd. On verra bien.

Selon des informations, le gouvernement s’embarque dans un projet d’approvisionnement de produits pétroliers avec un nouveau tanker. Est-ce judicieux, après l’épisode Betamax ?
Récemment, la STC a lancé un appel d’offres pour notre approvisionnement en produits pétroliers. Une compagnie a coté pour une enveloppe extrêmement faible et l’a remporté. Je vais vous étonner en vous disant que même Betamax a encore une fois envoyé son offre, à travers Red Eagle, pour nous approvisionner en produits pétroliers, mais rejetée par rapport aux prix proposés.