Aquaculture : pour une éclosion de l’économie bleue

Par Preity Ramessur-Bhoyroo O commentaire
Aquaculture

L’aquaculture est considérée comme étant l’un des piliers de l’économie mauricienne pour les années à venir.

Afin d’encourager les pisciculteurs à développer leur potentiel pour dynamiser les secteurs de l’aquaculture et de la pêche, l’Albion Fisheries Research Centre se met à leur disposition pour les conseiller sur les bonnes méthodes à adopter. Tour d’horizon.

L’économie bleue réunit toutes les conditions pour permettre à l’île Maurice de passer dans la ligue des économies hautement développées. C’est dans cet objectif que l’Albion Fisheries Research Centre (AFRC) encourage les Mauriciens à se pencher sur ce secteur et évaluer le potentiel de développement et commercial des activités comme l’aquaculture ou la pisciculture. L’économie bleue est considérée pour « être la prochaine industrie phare du pays », lance un fonctionnaire du ministère de la Pêche.

Quand on parle d’aquaculture, ajoute Naidoo Paupiah, Acting Divisional Scientific Officer de l’AFRC, « on n’encourage pas seulement l’élevage de poissons mais une culture intégrée. En d’autres mots, il s’agit de cultiver en même temps des plantes aquatiques qui peuvent être utilisées dans la décoration ou à la consommation. Par ailleurs, outre les poissons, on peut également élever des crevettes et des crabes en eau douce ou salée. »

Il soutient que l’objectif de ce centre de recherche est d’améliorer les techniques d’aquaculture pour la production de semences de qualité et les transférer aux pisciculteurs potentiels. « L’une de nos priorités est d’assurer un niveau de production élevé annuellement. Ce qui signifie créer des sites d’élevage en cage afin de produire jusqu’à cinq millions d’alevins et de jeunes poissons chaque année », souligne Naidoo Paupiah.

L’AFRC, dit-il, croit fermement dans la viabilité de la culture des poissons comme le cordonnier, gueule pavé et berri rouge, ainsi que le camaron. L’Acting Divisional Scientific Officer de cette branche technique du ministère de l’Économie océanique soutient que les chercheurs travaillent de concert pour coordonner le niveau de la recherche liée à l’aquaculture et à la production de phytoplanctons, qui sont indispensables à l’élevage.

Incitations pour encourager les jeunes

Le gouvernement a, d’ailleurs, accordé un budget de Rs 1,7 milliard à des projets d’aquaculture, le 18 octobre dernier, toujours dans le but de faire du développement marin un pilier de notre économie. L’aquaculture s’impose ainsi comme un métier prometteur et un secteur d’avenir pour les jeunes. C’est pour cette raison que le gouvernement envisage de venir avec des incitations afin d’encourager les jeunes à se lancer dans le domaine.

« L’un des critères pour se lancer dans l’élevage de poissons en eau douce est d’avoir suffisamment d’espace pour la construction d’un bassin chez soi. L’élevage des ‘camarons’ consiste, lui, à avoir un bassin en terre et une bonne source d’eau. Pour accéder à l’eau à des fins d’aquaculture, les éleveurs doivent faire une demande auprès de la Central Water Authority (CWA). L’eau chlorée n’est pas recommandée. Nous guidons ceux qui sont intéressés dans l’aménagement du bassin. Les régions littorales sont idéales pour l’aquaculture », souligne Satish Conhye, Technical Officer à l’AFRC.

Avant de se lancer

dans cette culture, il y a plusieurs critères à respecter. Des officiers de l’AFRC effectuent une visite chez la personne intéressée pour voir si la topographie est propice et si la température est idéale. Les officiers du centre de recherche disent être à la disposition de ceux qui veulent se lancer dans la pisciculture. « Nous leur donnons des explications et autres conseils sur l’élevage de poissons et de camarons au centre d’Albion. Ils peuvent nous contacter au 238 4100 ou visitez notre site web », conclut notre interlocuteur.

Les méthodes de production

Les larves de cordonnier sont placées des ‘tanks’ de pré-engraissement.

Depuis ses débuts, l’aquaculture a permis d’assurer des prises importantes de poissons cordonniers qui sont, désormais, rares dans le lagon, souligne Satish Conhye. Il ajoute que la production de cordonniers à grande échelle rencontre beaucoup de difficultés. Par exemple, il faut attendre la saison pour les pêcher. De plus, au fur et à mesure que grandissent les poissons, certains n’arrivent malheureusement pas à maturité faute d’espace dans l’environnement où ils sont placés.

« La saison propice de pêche des cordonniers se situe entre la fin du mois de novembre et de mars. Ils sont pêchés lorsque la marée est basse. Puis, les larves de cordonniers sont ramenées au centre de recherche d’Albion pour des tests par rapport au poids et à la longueur du poisson. Les larves ont de très petites bouches. Après 24 heures, elles se nourrissent des algues et sont stockées dans des ‘tanks’ de pré-engraissement à de très faibles densités », explique le Technical Officer de l’AFRC.

Après trois à quatre mois, poursuit Satish Conhye, les larves se transforment en alevins. « Ces alevins sont mis à la disposition des pisciculteurs d’une société coopérative pour être élevés en cages. Ce n’est qu’après neuf mois que ces cordonniers sont commercialisés », indique-t-il. Certains de ces alevins sont parfois relâchés dans la mer pour le repeuplement des poissons par l’AFRC. « De ce fait, on contribue à la diversification des moyens de subsistance des pêcheurs », affirme Satish Conhye.

Quant au berri rouge introduit de Malaisie en 1990, poursuit notre interlocuteur, la production de larves est effectuée au centre de recherche d’Albion pour produire des juvéniles de qualité à destination des pisciculteurs. Les alevins sont ensuite collectés des bassins et cultivés dans des réservoirs jusqu’à ce qu’ils atteignent la taille de juvénile (4 à 5 cm). « Une sélection visuelle est effectuée pour identifier les mâles et les femelles à des fins d’approvisionnement auprès des éleveurs. Cependant, un volume de poissons, mâles et femelles, est retenu à l’AFRC pour les besoins de reproduction. »

Le berri rouge peut être élevé dans de l’eau douce ou salée dans des bassins et des réservoirs à une température de 28°C. « Nourris de granules, ces poissons sont résistants aux maladies et faciles à produire », souligne Satish Conhye. Des juvéniles sont mis à la disposition des pisciculteurs sur demande de septembre à avril. Le ministère de la Pêche offre 100 juvéniles gratuitement aux éleveurs. « Ceux qui en font la demande pour un nombre supérieur à 100 doivent cependant débourser Re 1,25 l’unité », dit-il.

L’élevage de camarons, explique notre interlocuteur, nécessite lui une température chaude, donc de 28°C à monter. Les juvéniles sont disponibles de décembre à avril et coûtent
Re 1,25 l’unité.

AFRC : recherches et études sur l’écosystème marin

Mis sur pied en 1981, l’Albion Fisheries Research Centre (AFRC) est une branche technique du ministère de l’Économie océanique, des Ressources marines, de la Pêche, des Services maritimes et des Îles éparses. Il a pour mission d’effectuer des recherches et des études sur l’écosystème marin et de gérer les ressources marines vivantes, dont le stock de poissons et de récifs coralliens. L’AFRC couvre une surface de 3 410 m2 et comprend une équipe d’une soixantaine officiers.

Phytoplancton et rotifères : des indispensables à l’élevage  

Satish Conhye à la production du phytoplancton.

Le phytoplancton est le premier maillon de la chaîne alimentaire pour les poissons, indique Kavina Ruhee, Technical Officer à l’AFRC. « On ne peut pas le voir tellement il est minuscule. Pour vivre, se développer et prospérer, il a besoin de lumière et de divers sels minéraux », dit-elle. Pour cultiver le phytoplancton, ajoute la spécialiste, il suffit d’exposer un grand récipient d’eau au soleil et d’y ajouter quelques gouttes d’engrais liquide. Au bout de quelques jours, l’eau va prendre peu à peu une coloration verte. Le phytoplancton est prêt.

Par ailleurs, c’est à travers le zooplancton que les larves de poissons vont se développer. C’est qu’on appelle les rotifères. Ceux-ci sont de petits animaux qui sont conçus pour la nourriture des alevins. « Ils se nourrissent de phytoplancton et s’épanouissent dans une eau de 22-23°C. Les rotifères constituent une source importante de nourriture vivante pour l’élevage de larves de poissons en écloserie », poursuit Kavina Ruhee.