[Vidéo] Analyse du budget

By Mario Boutia O commentaire

Radio-Plus a consacré une émission spéciale à l’analyse du Budget 2016-2017, le samedi 30 juillet. Sur le plateau de Nawaz Noorbux, le conseiller spécial au ministère des Finances, Gérard Sanspeur, l’économiste Éric Ng, le CEO de Business Mauritius Raj Makoond et Afsar Ebrahim, de la firme BDO, ont débattu des mesures phares du budget. Les points saillants…

Gérard Sanspeur: « Un budget de rupture »

Gérard Sanspeur, conseiller économique au ministère des Finances, annonce d’emblée que c’est « un budget de rupture », que ce soit au niveau de la facilitation des affaires, de l’innovation, de l’ouverture au monde et qui bénéficiera aux plus démunis. Il parle aussi de « rupture » par rapport à la façon d’opérer de l’équipe qui a travaillé sur ce budget.

Éric Ng: « Pas de coup d’accélérateur à l’économie »

L’économiste éric Ng trouve que ce budget ne donne pas un coup de boost à la relance économique. « Certes, c’est un budget essentiellement social, mais j’estime qu’on n’a pas eu un budget d’un ministre des Finances, mais plutôt d’un aspirant Premier ministre. » Il a aussi fait ressortir que l’État devrait « produire avant de partager », car, dit-il, il y a des impératifs économiques à considérer, comme la baisse de la production. « J’aurais préféré avoir un budget qui donne un véritable coup d’accélérateur pour relancer la machine économique. » éric Ng estime que malgré les mesures annoncées, le plus important est d’instaurer la confiance pour attirer l’investis­se­ment.

Raj Makoond: « Un budget de réforme »

Pour le CEO de Business Mauritius, c’est un « budget de réforme ». Il accueille favorablement les mesures visant le Public Sector Reform qui, dit-il, était longtemps attendu et qu’il décrit comme un facteur clé pour la relance économique. Raj Makoond est satisfait des mesures portant sur le Business Facilitation qui va accélérer la concrétisation des projets de développement. Il accueille aussi les mesures annoncées pour combattre la pauvreté absolue. Il y trouve une volonté politique pour réformer le secteur public, pour faciliter les affaires et surtout pour aider ceux qui sont au bas de l’échelle.

Afsar Ebrahim: « Un signal fort aux services financiers »

Le représentant de la firme BDO est d’avis que le Tax Holiday va redynamiser le service financier après l’amendement de la convention fiscale avec l’Inde. « Il y aura un changement de paysage dans le service financier », dit-il. Afsar Ebrahim estime que cela favorisera la création d’emplois pour les jeunes dans ce secteur. Il trouve aussi intéressant la proposition portant sur l’Investment Tax Credit, qui aidera à la modernisation des équipements surtout dans le textile. Il estime que le rabais de 40 % sur le fret au niveau d’Air Mauritius va rapprocher davantage Maurice de ses marchés.

Les différentes mesures à la loupe

Relance économique

Gérard Sanspeur explique que le rôle du gouvernement est de créer les conditions propices pour permettre aux entrepreneurs de concrétiser leurs projets. « Ce n’est pas le rôle de l’État de créer des emplois, mais celui du secteur privé », dit-il. Le conseiller économique au ministère des Finances a aussi expliqué que l’économie sera plus performante avec la mise en œuvre du Regulatory Sandbox Licence pour aider ceux qui veulent faire des affaires. Pour lui, le secteur privé doit maintenant se mettre au travail, car il dispose de tous les outils au niveau du Rebate Scheme et de la Tax-Credit. « Qu’a-t-on besoin de plus pour relancer l’économie ? », se félicite-t-il.

Main-d’œuvre étrangère

Pour Éric Ng, le pays a impérativement besoin des investissements étrangers. Il regrette qu’aucune mention ne soit faite dans le budget sur la façon d’attirer les compétences étrangères, surtout à un moment où le pays veut diversifier son secteur manufacturier. L’économiste parle aussi de la formation professionnelle.

Il estime que la population a peur d’être « envahie » par les étrangers. Il appelle à un changement de mentalité, car « le pays a besoin des étrangers pour assurer la diversification de notre économie ». Un point soutenu par Raj Makoond. Il plaide en faveur de plus de facilité pour l’obtention de l’Occupational Permit.

Ouverture de l’économie

Pour Afsar Ebrahim, on est encore « timide » concernant l’arrivée des étrangers. « Dans le budget, on annonce que les étrangers enregistrés au Board of Investment pourront acheter des appartements et des espaces industriels mais, à mon avis, il faut revoir les procédures d’enregistrement avec cet organisme », dit-il.

Gérard Sanspeur est, lui, d’avis que l’ouverture de l’économie est la mesure la plus courageuse du budget. Il explique que les étrangers pourront dorénavant acheter des biens immobiliers Ground +2, des espaces industriels et commerciaux, mais qu’ils doivent subir un examen de contrôle Know Your Client (KYC) au niveau du Board of Investment. « L’acheteur potentiel aura une réponse dans les deux semaines après sa demande », soutient-il. Et d’ajouter que le ministère des Finances aura aussi un rapport mensuel sur l’évolution de la situation. Gérard Sanspeur estime que le gouvernement a fait le maximum.

Problème de « mismatch »

Pour Raj Makoond, le mismatch est un problème très grave, surtout que le chômage affectant les jeunes tourne autour de 24 %. Il explique que contrairement au passé, où l’économie mauricienne était basée essentiellement sur une main-d’œuvre peu qualifiée, le pays a besoin aujourd’hui de personnes qualifiées pour soutenir le développement économique. Il accueille favorablement la création d’une Skill Development Authority. Le CEO de Business Mauritius est satisfait de la mise sur pied d’une agence nationale de l’emploi et parle de l’importance de la formation et du placement. « Il est important que nous ayons de nouveaux acteurs dans la formation professionnelle au niveau des entreprises et institutions privées pour apporter un complément aux institutions publiques », fait-il ressortir.

Secteur de la construction

Malgré les mesures annoncées pour relancer le secteur de la construction, Afsar Ebrahim reste sceptique. « Le secteur est  grandement fragilisé et endetté. Il subit une féroce compétition. De plus, les projets d’infrastructure avancés par le gouvernement pourraient prendre du temps à démarrer et entre-temps, des compagnies de construction auraient déjà fermé leurs portes. » À cet effet, il propose un Stimulus Package à court terme, surtout pour des compagnies de construction.