Ameegah Paul : «Nous sommes tous égaux malgré nos différences»

Par Rajmeela Seetamonee O commentaire
Ameegah Paul

Supporting Disabled Person est une page fraîchement lancée par Ameegah Paul sur Facebook. Souffrant elle-même d’un handicap physique, elle veut organiser des événements pour encourager les Mauriciens à accepter les différences et à bien vivre avec les handicapés. Portrait.

Le handicap n’est pas un obstacle au développement d’Ameegah Paul. Elle le prouve au quotidien. Elle est âgée de 18 ans et a des projets plein la tête. Mais sa priorité demeure l’inclusion des personnes handicapées. Un de ses projets est «Supporting Disabled Person».

« Nous avons prévu de placer des personnes handicapées dans la foule, par exemple au marché, et de les prendre en photo. Nous voulons que les personnes handicapées aient l’occasion de participer activement dans la société et de se faire accepter. Nous sommes tous égaux, malgré nos différences », dit cette habitante de Surinam.

La campagne s’intitule « Yes We Can » et les handicapés sont invités à la contacter.

Ameegah Paul est née avec un handicap physique. Elle ne peut pas bouger la main droite et son pied gauche est plus long que son pied droit. « J’avais deux ans quand ma mère a vu que je n’utilisais pas certaines parties de mon corps comme il le fallait. Je ne pouvais tendre ma main pour prendre une serviette. Je ne pouvais marcher correctement. Le diagnostic a révélé que je souffrais d’un handicap physique », relate-t-elle.

Ses parents sont bouleversés, mais ne baissent pas les bras. Ils encouragent leur cadette à mener une vie comme les autres enfants. Ils insistent pour qu’elle ait accès à une éducation normale.

En 2010, une lueur d’espoir se présente. Une intervention chirurgicale est envisagée pour qu’elle puisse utiliser sa main. L’opération a lieu à quelques jours de ses examens de «Certificate of Primary Education».

« J’étais très stressée et je devais réviser dans des circonstances difficiles. L’intervention chirurgicale n’a malheureusement pas porté ses fruits. J’étais triste, mais je ne me suis pas laissée abattre. J’ai continué à apprendre sur mon lit d’hôpital. À chaque fois que je complétais un papier, je devais retourner à l’hôpital. J’y ai séjourné pendant un mois », raconte-t-elle.

Je veux donner aux autres le soutien nécessaire pour qu’ils réussissent leur vie»

Contre toute attente, elle décroche 23 unités ! Elle est la première étonnée. « Je ne m’attendais pas à obtenir de si bons résultats, compte tenu des circonstances. J’étais très contente quand les autorités m’ont offert une place au collège Lorette de Curepipe. Mais pour des raisons pratiques, j’ai préféré faire mes études au Keats College. L’établissement ne se trouve pas trop loin de là où j’habite », explique-t-elle.

L’art comme thérapie

L es premières semaines seront difficiles. Elle a du mal à s’adapter et à se faire accepter. Entre-temps, elle se réfugie dans les arts. « J’aime peindre et dessiner depuis que je suis enfant. L’art est une thérapie qui me permet de m’exprimer et de me sentir bien dans ma peau. Mais en Form III, mon professeur d’art m’a expliqué que je ne pouvais pas opter pour cette matière. Il trouvait que mon handicap physique serait un obstacle. J’étais découragée, puis j’ai trouvé qu’il n’avait pas entièrement tort. Je me suis donc tourné vers la comptabilité », ajoute-t-elle.

Deux ans plus tard, elle obtient dix unités lors des examens du «School Certificate». Elle est plus que jamais motivée à réussir dans ses études, mais elle décide de mettre fin à sa scolarité. « Mon papa est tombé gravement malade. Ma mère et moi avons dû nous occuper de lui. Cependant, j’ai suivi des cours privés pour terminer mon Higher School Certificate. Les examens se sont tenus en octobre et en novembre 2017 », dit-elle. Elle attend ses résultats avec impatience. Entre-temps, elle étudie la comptabilité et l’informatique.

J’avais deux ans quand ma mère a vu que je n’utilisais pas certaines parties de mon corps comme il le fallait»

En 2017, elle a voulu montrer que son handicap n’était pas un obstacle à son épanouissement personnel. « Claude Moonien, du Shiva Yoga Centre et organisateur du Championnat national de peinture Xavier-le-Juge-de-Segrais (1871-1954), m’a invité à y participer. Je voulais partager mon art avec les autres », dit-elle.

Coup d’essai, coup de maître. Elle remporte le premier prix dans la catégorie 14 à 18 ans, le titre de Most Promising Female Artist et elle décroche le titre Étoile du Sud. En même temps, elle rejoint l’association Light of Hope en tant que volontaire. Celle qui chante dans la chorale de l’église veut venir en aide à ceux qui sont dans le besoin.

Le social et le bénévolat ne sont pas nouveaux pour Ameegah Paul. Depuis l’âge de neuf ans, elle est volontaire au couvent de Mère-Teresa, à Riambel. Elle aide les résidents handicapés et âgés sur une base hebdomadaire. « Je veux donner aux autres le soutien nécessaire pour qu’ils réussissent leur vie », dit-elle.