Ambiance : l’ultime forcing

Par Jean Claude Dedans O commentaire
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Les dirigeants des principaux partis politiques avaient avoué, durant la campagne, avoir la hantise de l’abstention pour cette élection. Ils ont été royalement servis. La preuve : juste après l’heure du déjeuner, Xavier-Luc Duval, flanqué de quelques vieilles dames et d’une poignée de « Joe », arpentait sous un soleil de plomb la route principale menant vers la colline Candos. Le leader du PMSD nous a avoué que l’exercice de «  grattage » qu’il a déclenché s’avérait nécessaire du fait « que nos partisans ne sont pas tous sortis » et qu’il fallait faire un forcing pour faire la différence au final.

Du côté des Travaillistes, l’ambiance était morose sur les « bases », certaines étant presque inoccupées. Le candidat Arvin Boolell était sur les nerfs et la colère se lisait sur son visage. Les principales régions d’où il s’attendait à puiser des votes massifs boudaient les urnes. D’ailleurs, les pointages à l’école Louis Nellan, qui détient le plus grand nombre de votants, démontraient que les électeurs traînaient la patte entre 8 heures et 14 heures. Reza Issack acceptait qu’il était difficile pour les rouges de faire sortir leurs troupes pour diverses raisons. Alors que d’autres agents avouaient qu’ils essuyaient un refus en allant chercher les électeurs, pourtant acquis à la cause rouge.

D’ailleurs, Navin Unoop, de Voice of Hindu (VoH), nous a déclaré, vers 15 h 30 au siège de ce groupe à La Source, que « j’ai fait voter mes membres qui habitent mon quartier, une centaine environ, mais les autres électeurs qui sont traditionnellement un réservoir certain du PTr ne voulaient pas sortir. A 13 h 30, j’ai jeté les armes ». Il avait l’air défaitiste. Toutefois, juste après le passage éclair de Navin Ramgoolam et à l’arrivée de Lormus Bundhoo, Kadress Pillay, Anil Bachoo, « une opération grattage a été enclenchée et nous avons fait un immense forcing pour sortir quelque 250 électeurs de La Source pour les conduire au centre de vote Louis Nellan ».

Effectivement, le taux de participation de cette école a soudainement grimpé en flèche, ajouté à cela la venue en nombre d’électeurs de foi musulmane, ce qui satisfaisait Rajesh Jeetah, planté dans ce centre de vote capital pour Arvin Boolell. Ce nouveau taux a fait revenir le sourire sur le visage d’Arvin Boolell.

Les mauves ont,  eux, utilisé une autre tactique. Le MMM, qui a pratiqué l’opération « grattage » depuis des années, a cette fois adopté une autre stratégie : celle de « gratter » leurs militants tôt et avant midi. Ainsi, Deven Nagalingum, vers 15 heures et en présence du travailliste Reza Issack venu le saluer sur une « base » mauve à Ollier, se disait satisfait du taux de participation qui avoisinait alors 45 % : « L’abstention ne pourra pas jouer contre nous, on a fait le plein des votes, quoiqu’il faille attendre les résultats ».

Cette partielle s’est jouée sur le terrain entre les trois dinosaures que sont le PTr, le MMM et le PMSD. Le Reform Party de Roshi Bhadain qui dit « avoir une méthodologie différente et pas archaïque », le Mouvement Patriotique « misant sur la jeunesse de Tania Diolle », de même que Jack Bizlall du Muvman 1er Mai « qui mise sur son parcours » et Kugan Parapen de Rezistans ek Alternativ qui avoue « ne pas être un adepte du ‘grattage’», ont fait presque de la figuration face à l’armada en face.

Les urnes diront si le forcing a payé pour Arvin Boolell, Dhanesh Maraye ou Nita Juddoo. Avec comme extrêmes outsiders Roshi Bhadain et Tania Diolle.