Alain Wong, ministre de l’Intégration sociale : «Il y a trop de démagogie à l’Assemblée nationale»

By Mélanie Valère Cicéron O commentaire
Alain Wong

Ancien membre du Parti mauricien social-démocrate et aujourd’hui membre du Mouvement socialiste militant, Alain Wong aborde son action au ministère de l’Intégration sociale. Assemblée nationale, plan Marshall, éducation, logement, Corporate and Social Responsibility et National Empowerment Foundation sont abordés.

« …si cela ne dépendait que des bleus, je n’aurais jamais été ministre. Je me rappelle qu’à l’époque lorsque j’avais posé la question, on m’avait répondu d’un ‘non’ cinglant. »

On vous sent plutôt mal à l’aise à l’Assemblée nationale en ce moment…
C’est mon trait de caractère. Je suis un homme d’action. Je ne réponds pas aux attaques personnelles. C’est ce que vous pouvez voir à la télé et les spectateurs peuvent juger de la prestation de chacun.

Pourquoi ?
Certains élus ne cessent d’interrompre, de critiquer et d’acculer les autres parlementaires alors que nous avons tellement à faire à l’extérieur. Est-ce leur rôle ? Quant à moi je préfère me taire. Je préfère m’atteler à ce qu’il me faut faire. Et on reparlera de mon bilan à la fin de mon mandat…

N’est-ce pas le rôle de l’opposition de vous chercher des poux ?
Certes, mais dans le respect mutuel. Malheureusement, il y a trop de démagogie. Par exemple, un des parlementaires passe son temps à dormir. Puis tout d’un coup, il se réveille en sursaut et veut s’exprimer, et lorsqu’il intervient, il gesticule dans tous les sens et fait toutes sortes de remarques. On se croirait dans Animal farm. Bref, ils font trop de démagogie.

Qui ? Les Bleus ?
Entre autres. Eux n’arrêtent pas de contredire tout ce que je dis. Dans quel but ? Laissons le public en juger. Les citoyens ne sont pas dupes. Je ne souhaite pas participer à toutes ces polémiques. Il faut savoir faire son travail quand on est dans l’opposition. Les gens souhaitent voir des modèles.

Vos anciens amis ne sont pas du tout tendres envers vous. N’entretenez-vous plus de relations cordiales avec les bleus ?
Ça dépend à quel moment. Devant les téléspectateurs, certains font leur cinéma. Ils ne comprennent pas qu’il ne faut pas régler ses comptes à l’Assemblée nationale. Le PMSD a décidé de quitter le gouvernement, et moi je n’ai pas adhéré à cette décision. C’est un choix que j’assume. Cependant, j’entretiens de bonnes relations avec la majorité d’entre eux.

Lors du meeting du 1er-Mai, vous étiez habillé d’orange… Y a-t-il eu beaucoup de changement dans votre garde de robe ?
Il y a du changement. Je me suis adapté. Je me sens bien et c’est le plus important. Je sens qu’on me prête une oreille plus attentive. Les Jugnauth, père et fils sont des personnes très à l’écoute. D’ailleurs, si cela ne dépendait que des bleus, je n’aurais jamais été ministre. Au PMSD, on m’a toujours fait comprendre que je ne le serai pas.

Je me rappelle qu’à l’époque, lorsque j’avais posé la question, on m’avait répondu d’un ‘non’ cinglant. C’est Pravind Jugnauth qui m’a par la suite contacté pour me dire « Prepar to kostim, pa trakase to pou vinn minis ». Lorsqu’on m’a attribué un deuxième fauteuil ministériel, ce n’était nullement sur une base ethnique, mais en raison de mes compétences. Je suis parmi les Top 10 Ministers !

Êtes-vous à votre place au ministère de l’Intégration sociale ?
C’est loin d’être ce que je m’imaginais. Je pensais que c’était beaucoup moins complexe, mais ce n’est pas le cas.

Quel bilan faites-vous du ministère de l’Intégration sociale ?
[….] Hum. J’arrive, je ne blâme personne. Chacun a sans doute fait son maximum. Moi, je ferai différemment.

De manière plus concrète ?
Le plan Marshall contre la pauvreté qu’on a annoncé depuis plusieurs années sera bientôt une réalité. Il faut comprendre que ce n’est pas facile d’éradiquer la pauvreté. Il ne faut pas se laisser emporter. C’est trop facile d’offrir. Cependant, il est aussi important d’éduquer.

Donc que proposez-vous pour éradiquer la pauvreté ?
Il faut un programme juste et équitable. Nous sommes confrontés à une situation où le pallier pour bénéficier de l’aide sous le Social Register of Mauritius (SRM) est de Rs 9 500 et si une personne touche Rs 9 501, elle n’est plus éligible. Or, dans bien des cas, ceux qui ne travaillent pas et bénéficient uniquement d’aides sociales touchent plus que ceux qui travaillent. À la fin, celui qui travaille est bien plus pauvre que celui qui ne bénéficie que d’aides sociales. Ce n’est pas normal. Il faut aider également ceux qui font des efforts, qui travaillent et veulent s’en sortir. Ils doivent être récompensés. Ils sont ceux qui contribuent au budget de l’État à travers les taxes et les impôts.

Puis, il faut continuer à investir dans l’éducation, surtout depuis le plus jeune âge, dans la responsabilité citoyenne et dans l’entrepreneuriat. Je pense que nous avons beaucoup à apprendre de Rodrigues.

Qu’en est-il du logement ?
Contrairement à ce que dit Xavier-Luc Duval, il ne faut pas construire dans les poches de pauvreté. Par exemple, je ne suis pas d’accord avec les propositions des ingénieurs en ce qui concerne le relogement des familles défavorisées de Baie-du-Tombeau. Si on suit leur logique, ces familles ne seront pas relogées avant deux à trois ans. C’est inhumain ! J’ai une autre vision.

Puis, il ne suffit pas d’offrir des maisons. Il faut encadrer les familles. Nous avons également besoin de l’aide des ONG pour combattre l’illettrisme budgétaire.

Vous parlez d’ONG, on vous accuse pourtant de ne pas être à l’écoute…
Laissons les gens parler. Je reçois, dans la mesure du possible, tout le monde. Je travaille avec les ONG et ce n’est pas nouveau. Je le faisais avant même que je ne devienne ministre. Je reconnais le travail abattu par les ONG, d’ailleurs moi-même j’envoie mes enfants suivre des cours de musique à l’Atelier Mozart.

Que se passe-t-il au niveau de la NSCR Foundation ?
Il faut qu’il travaille pour soutenir les ONG le plus vite possible. Certaines compagnies ont envoyé une lettre à la National Corporate and Social Responsibility (NSCR) Foundation pour demander l’autorisation de financer les projets des ONG avec l’intégralité de leurs fonds Corporate and Social Responsibility (CSR).

Nous avons étudié leurs demandes et nous accepterons aussi longtemps que les critères d’éligibilité sont respectés.

Quid de la NEF ?
Il y a une complète restructuration de la National Empowerment Foundation (NEF) en ce moment, à la suite des recommandations des experts de l’Union européenne. Nous nous sommes également occupés des employés et tout ira bien.

Vos priorités…
J’ai une mission à accomplir. Aujourd’hui, j’essaie de ramener, en tant que bon capitaine, tout le monde à travailler dans la même direction. C’est le genre de leadership que je mets en avant pour motiver la troupe. C’est quand il y a des défis que le travail devient plus passionnant…