Interview

Ajay Jhurry, président de l’Association of Tourist Operators : «Notre ‘supply chain’ a besoin d’une régulation moderne»

Ajay Jhurry

Il faut minimiser les perceptions négatives à l’encontre des pratiques commerciales à Maurice. Notre interlocuteur réagit aux critiques de certains touristes qui  jugent que les tarifs qui leur sont proposés sont exorbitants.

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Certains touristes se plaignent des tarifs élevés concernant les visites dans certains parcs d’attractions. Ces critiques sont-elles justifiées ?
Nous évoluons actuellement dans un marché libre. Les prix de certains produits à Maurice sont déterminés par différents facteurs. Les clients ont toujours le choix, sauf si le produit en lui-même ou le mode opératoire vers l’accès des produits est caractérisé par une situation de  monopole. À ce stade, on ne peut pas généraliser mais par contre, cela est dans l’intérêt de notre destination et aussi des opérateurs économiques de faire une étude approfondie afin de mieux comprendre les failles, pour  ensuite réagir.

Tout récemment, une touriste a déclaré qu’elle en avait « assez d’être escroquée à longueur de journée comme si être étranger voulait dire riche ». Dans quelle mesure ce genre de commentaires peut-il nuire à l’image de la destination ?
Un manque d’information certainement pourrait contribuer à confondre un client et donc cela causerait une manque de transparence au niveau de la pratique commerciale. Par exemple, si les prix ne sont pas affichés, cela peut donc induire un client en erreur. Comme on est à l’ère du numérique, c’est aussi important que les prix soient bien mentionnés et qu’ils soient mis en ligne. Le client voyageur surtout qui va dans une destination étrangère, n’aura jamais la certitude de la valeur payée. Ce qui est important, c’est avant tout de minimiser des perceptions négatives.

Ne faudrait-il pas introduire un tarif standard pour les attractions touristiques ?
La question c’est comment établir le coût d’un opérateur privé où le produit peut se différencier aussi. Chaque produit a une identité, donc un coût de production différent. Il y a aussi l’aspect de l’investissement qu’il faut prendre en considération. Peut-être, oui, dans le cas où des parcs sont gérés par l’Etat. Je dirais plutôt qu’un affichage de la grille tarifaire serait plus recommandé. Il y a aussi l’aspect de communication pour qu’il y ait plus de transparence. Une évaluation au niveau des marges serait également une indication pour mieux comprendre notre supply chain et si le mode opératoire de notre chaîne de distribution ne favorise pas un monopole au détriment des clients.

Outre ce qui se fait dans les parcs d’attractions, les prix pratiqués dans les restaurants ainsi que ceux des produits vendus aux touristes sont jugés exorbitants. Vos commentaires ?
Dans d’autres destinations il n’y a pas la pratique de fixer des prix. Le prix est déterminé par la loi du marché, par l’offre et la demande. Plus il y a de supply dans une chaîne, plus on aura tendance à avoir de la concurrence. Nous sommes une destination qui est monopolisée par un système qui est dominé commercialement par une poignée de tour operateurs internationaux et une vingtaine de réceptifs qui prennent en charge plus d’un million de touristes.

Aussi longtemps que le séjour des clients est monopolisé par une poignée des réceptifs, le choix des clients voyageurs sera limité car ils iront là où ces quelques réceptifs vont les programmer. Les service providers qui travaillent avec ces quelques réceptifs auront tout le temps les mains libres, au désavantage des clients, car c’est déjà un business garanti de la part de ces réceptifs.

De plus, aussi longtemps qu’on n’aura pas un système plus équitable entre les voyageurs qui passent par des tours opérateurs et des voyageurs qui trouveront de la place libre sur des vols, notre commerce local restera dans un ghetto où certains en profiteront pour faire la pluie et le beau temps avec des clients, et d’autres resteront sur leur faim. Notre supply chain à Maurice nécessite une régulation moderne pour répondre à nos besoins sociaux économiques.

 

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