Agnès Bénassy-Quéré, économiste : «Le Brexit pourrait avoir des effets positifs sur Maurice»

Par Patrice Donzelot O commentaire
Agnès Bénassy-Quéré

Agnès Bénassy-Quéré, économiste française et spécialiste du système monétaire international et de la politique macroéconomique en Europe, est à Maurice. Elle anime une conférence ce jeudi 13 juillet à l’Institut français de Maurice. Dans cet entretien, elle parle des conséquences du Brexit sur certains pays, dont Maurice. 

Quelles seront les répercussions du Brexit sur le reste du monde, notamment les pays aux économies ouvertes vers l’Europe comme Maurice ?
Il y a trois aspects : les impacts sur l’économie britannique, ceux sur l’économie européenne et sur Maurice. Pour l’économie britannique, c’est un appauvrissement. On ne sait pas encore l’importance puisque la manière dont le Brexit sera négocié est inconnue. Il y a plusieurs scénarios plus ou moins durs à envisager. Les rapports existants soutiennent que la perte du Produit intérieur brut (PIB) du Royaume-Uni par habitant pourrait être de 10 %.

Pour les pays européens, elle serait de 2 % à 3 % maximum à long terme. Le Brexit a aussi des effets positifs. Il fait prendre conscience aux Européens de l’importance de la valeur du marché unique […] Ce qui pourrait avoir comme effet de relancer l’Union européenne (UE).

Concernant Maurice, les impacts seront assez faibles du point de vue commercial, car le Royaume-Uni ne représente que 10 % des exportations mauriciennes et 3,5 % du tourisme. Si le PIB par habitant du Royaume-Uni baisse de 10 %, à long terme, cela représenterait 1 % d’exportations de moins pour Maurice.

Par contre, ce qui se passera dans le reste de l’UE est plus important pour Maurice, car cela représente un tiers de ses exportations. Si les Européens arrivent à rebondir et à relancer le marché unique, on peut obtenir jusqu’à 10 % de PIB par habitant. Maurice peut donc bénéficier de 3 % d’exportations.

En revanche, là où je suis moins optimiste, c’est sur l’aspect financier. Il y a à Maurice une fragilité due à l’énorme exposition du pays à la finance internationale. Un choc financier peut couper les entrées de capitaux. La question est de savoir comment résistera le système financier.

Quels sont les risques du Brexit sur la stabilité monétaire mondiale ?
La livre sterling s’est logiquement dépréciée. Le Brexit est une réduction de la productivité britannique à l’avenir, d’où un ajustement à la baisse de la livre sterling. En fonction de l’accord négocié, la livre sterling pourrait remonter. Mais il est possible que les choses s’enveniment, ce qui ferait plonger à nouveau la livre sterling. On ne peut rien prévoir.

La monnaie britannique ne joue pas un grand rôle dans le système monétaire international qui est centré sur le dollar et cela pose problème dans une économie concentrée sur trois pôles : l’Amérique du Nord, l’Asie et l’Europe. Avec un système financier centré sur le dollar, cela incite les États-Unis à s’endetter et un jour il y aura un crash. De ce point de vue, l’euro est une bonne chose car en lançant un concurrent au dollar, cela va faire discipliner les marchés. Si les États-Unis font n’importe quoi, dans leur Budget par exemple, les marchés peuvent se tourner vers l’euro. Cela va imposer la discipline aux États-Unis.

On a estimé un certain temps que le yuan chinois serait une alternative. D’ailleurs, je crois qu’il y a déjà des investissements en yuan à Maurice. J’ai été surprise de pouvoir échanger facilement des yuans à l’aéroport de Maurice alors qu’en Europe c’est difficile. Il serait logique que le yuan se développe en monnaie internationale.

Y a-t-il justement des opportunités pour Maurice à se positionner sur un éventuel développement du yuan en monnaie internationale ?
Oui. Le secteur financier a intérêt à se diversifier, comme l’ont fait le commerce et le tourisme en termes de marchés. Cela favorise une résistance aux chocs. Du côté de la finance, il est important de diversifier les sources de financement et les monnaies.