Affaire Betamax : L’ «arrogance» de Bhunjun dénoncée par Sinatambou

Par Jean Claude Dedans O commentaire
Étienne Sinatambou

Selon le porte-parole du gouvernement, Étienne Sinatambou, depuis des décennies Maurice dépend d’un pétrolier qui touche Port-Louis toutes les trois semaines, rendant le pays vulnérable en cas de crise. Il considère que l’attitude du patron de Betamax est « arrogante » parce qu’il attend que le PM l’appelle pour négocier.

À une semaine de la partielle au No 18, même en l’absence d’un candidat du gouvernement, quelle est votre analyse ?
Je condamne les politiciens qui font croire que le gouvernement a peur d’affronter l’électorat au No 18. Actuellement, le PTr a dix fois moins d’élus que le gouvernement, le MMM au moins six fois, le PMSD au moins cinq fois. C’est une partielle sans enjeu pour le gouvernement mais elle constitue un enjeu majeur pour le PTr...

Les adversaires du gouvernement avancent que le MSM a donné le mot d’ordre à ses partisans de s’abstenir et mise sur ce que l’opposition appelle le « cadeau » de la compensation pour distraire l’électorat...
Je prévois effectivement de l’abstention à cette partielle. Pour moi, l’électorat du No 18 est plutôt satisfait de la compensation salariale et du salaire minimal de Rs 9 000 mensuellement. Le reste...

Venons-en au dossier Betamax. Le gouvernement accuse le groupe Bhunjun d’être anti-patriotique dans l’affaire des produits pétroliers. L’État ne devrait-il pas renégocier certaines clauses le liant à Betamax au lieu de jouer avec le feu en résiliant le contrat avec les conséquences que l’on sait?
L’État a essayé de renégocier les clauses du contrat d’affrètement le liant à Bétamax et a mis en place un comité ministériel à cet effet. Le comité ministériel a rencontré les représentants de Betamax à au moins trois reprises mais ces derniers sont restés intransigeants. Les avis légaux spécialisés que nous avons reçus nous disaient que le contrat liant la compagnie Betamax à l’État contenait des clauses inusuelles, exorbitantes, contraires aux pratiques du marché et arbitraires. Tout laissait et laisse toujours penser que c’était un contrat de protectionnisme qui découlait d’une politique de copinage. L’ancien ministre Bhadain ne mâchait pas ses mots en parlant de pillage et de contrat malhonnête alloué à cause d’une relation familiale.  D’autre part, je ne suis pas d’accord quand vous dites que nous jouons « avec le feu en résiliant le contrat avec les conséquences que l’on sait ».

Premièrement, chose que nous contestons, l’arbitre a voulu analyser le contrat comme étant un contrat exclusivement commercial. Je considère moi que, quand l’État entre dans une relation contractuelle, la notion d’ordre public est toujours pertinente. Deuxièmement, la STC a demandé le rejet de la décision arbitrale et l’affaire sera entendue à la mi-mars. Donc, je ne vois pas de « conséquences que l’on sait ». Troisièmement, sur un contrat garanti sur quinze ans, l’État a payé en trois ans et demi près de Rs 4,4 milliards à Betamax. Imaginez ce que nous aurions eu à leur payer sur les onze ans et demi qui restaient. Tout ce qui reste à savoir maintenant c’est s’il était légal de mettre fin à ce que nos juristes nous avaient présenté comme un contrat malhonnête et odieux qui constitue un vol dans les poches des Mauriciens et un crime contre nos citoyens.

C'est une partielle constituant un enjeu majeur pour le PTr»

Dans d’autres pays, le ministre responsable de ce manquement aurait sauté, pourquoi pas ici ?
Pour quelles raisons le ministre Gungah devrait-il démissionner ? Nous étions dans une situation d’urgence pour l’approvisionnement d’une commodité essentielle pour le pays et c’était une action inattendue. La gestion de cette situation par le ministre Gungah a été remarquable avec les garanties d’approvisionnement qui ont été données. En une semaine, le ministre du Commerce et la STC ont pu garantir notre stockage de carburant malgré l’obstacle de Betamax au Karnataka.

Cela a été possible avec le soutien du Premier ministre, du Premier ministre adjoint, de Showkutally Soodhun et la collaboration des pays amis. Dans d’autres pays, les médias et la population auraient blâmé vertement Betamax pour son action antipatriotique. Sous le couvert d’une action légale, Betamax a essayé de mettre le pays à genoux en provoquant une pénurie de produits pétroliers durant la période festive. La conséquence économique de cette pénurie aurait été désastreuse et la population aurait été furieuse. La gestion du problème a été exemplaire et on devrait féliciter le ministre responsable.

Le patron de Betamax a dit à notre confrère Le Défi Plus samedi que, si le PM l’appelle, il est disposé à discuter. Le gouvernement le ferait-il ?
Vikram Bhunjun dit qu’il est « disposé » a rencontrer le Premier ministre, « si » ce dernier l’appelle. Plus arrogant que ça, tu meurs !

Personne, même pas le Solicitor General, n’a prévu le scénario utilisé par le groupe Bhunjun en bloquant le transporteur en Inde ?
Il était difficile de prévoir une telle chose. Et c’était encore plus inattendu du fait que l’application de la STC contre la décision arbitrale du Singapore International Tribunal Centre et la demande de garantie par Betamax sont devant la Cour suprême et ont été fixées pour la mi-mars 2018. Donc, il y avait déjà une démarche légale en Cour suprême et comme nous sommes dans un État de droit, il fallait attendre la décision de la justice. On peut légitimement se demander dans quel but Betamax a fait sa demande en cour du Karnataka.

En plus, la réglementation arbitrale qui s’applique à Maurice suspend la décision arbitrale singapourienne. En effet, la clause 15(7) des Supreme Court (International Arbitration Claims) Rules de 2013 stipule que la décision arbitrale en faveur de Betamax est suspendue jusqu’à ce que la demande de la STC devant la Cour suprême de Maurice ait été «  finally disposed of ».

La STC a toujours joué sur la corde raide concernant le stockage de produits pétroliers. Pourquoi ne pas augmenter notre capacité en construisant des cuves supplémentaires?
Ceci est une question liée aux opérations de la STC. Je suis d’accord que, jusqu’à l’avènement du gouvernement issu des élections de décembre 2014, la STC a toujours joué sur la corde raide concernant le stockage des produits pétroliers. En conséquence, depuis des décennies, Maurice dépend d’un « tanker » qui débarque 50 000 à 60 000 tonnes de divers produits pétroliers chaque trois semaines, nous rendant ainsi vulnérables en cas de crise. J’ai cru comprendre qu’il y avait un projet de construction de cuves supplémentaires sous l’ancien régime, mais que le dossier dormait dans un tiroir. Ils attendaient probablement l’occasion de geler encore notre population avec un contrat à la Betamax !

Le stockage des produits pétroliers allait être sous le contrôle exclusif des compagnies pétrolières locales. Dès sa nomination, le ministre de tutelle, Ashit Gungah, a relancé le projet et a insisté pour que le gouvernement, à travers la STC, y soit associée en tant que partie prenante. Le projet lui-même verra le stockage additionnel de 25 000 tonnes de produits pétroliers à Mer Rouge avant la fin du premier semestre de 2018.

Après l’éviction de Showkutally Soodhun du Cabinet, le voilà qui joue au sauveur. Quel est le sentiment de ses ex-camarades ministres?
Showkutally Soodhun n’a pas été évincé du Conseil des ministres. Après discussions avec le Premier ministre, il s’est retiré en gentleman et a démissionné. Il ne joue pas non plus au sauveur : les démarches entreprises par Soodhun sont très appréciées par les ministres, car il continue à se dévouer au pays,  même s’il n’est aujourdhui qu’un simple « back bencher  ».

Dans l’épineux problème provoqué par Betamax devant la Haute Cour du Karnataka, son soutien a été inestimable. Il a aidé à contrer de façon définitive les manœuvres malveillantes des antipatriotes qui sont prêts à tout pour remplir leurs poches. Cela déplaira beaucoup à nos adversaires politiques, mais la population pourra  jouir pleinement des festivités de fin d’année, car il n’y aura pas de pénurie de carburant sur le marché. Soodhun répond présent à chaque fois que le pays a besoin de lui.