Affaire Bet365 : Abdool Rahim accuse l’express et Bhadain de complot

Par Ronnie Antoine, Fabrice Jaulim, Patrick Hilbert O commentaire
Husein Abdool Rahim

Celui ayant juré l’affidavit qui a coûté son poste à Ravi Yerrigadoo s’est rétracté sur le plateau de Radio Plus le jeudi 21 septembre. Il s’est retourné contre les journalistes qui l’avaient aidé dans son initiative.

L’affaire BET365 a littéralement chaviré jeudi. Husein Abdool Rahim, qui a fait tomber l’Attorney General Ravi Yerrigadoo, à travers son affidavit faisant état de blanchiment, était sur le plateau de Radio Plus, dans l’après-midi pour se rétracter sur toute la ligne. Face à Nawaz Noorbux et Jean-Luc Émile qui l’interrogeaient, le parieur professionnel a accusé Nad Sivaramen, Directeur des publications de La Sentinelle, ainsi que plusieurs journalistes de l’express, de l’avoir poussé à jurer un faux affidavit, avec la complicité de Roshi Bhadain.

« Je retire mes allégations contre Ravi Yerrigadoo, a déclaré Husein Abdool Rahim sur le plateau de Radio Plus. C’était de fausses allégations ; l’express et Roshi Bhadain m’ont manipulé. C’était un coup monté. Leur souhait était de faire tomber Yerrigadoo. »

Il a raconté que le jour où il est allé voir Nad Sivaramen avec ses documents, ce dernier a contacté Roshi Bhadain pour son soutien. C’est au domicile du leader du Reform Party que le projet de jurer un affidavit aurait pris forme. « Ce n’est pas moi qui l’ai rédigé. C’est Roshi Bhadain, Ashley Hurhangee, Yasin (Denmamode, un  journaliste, NdlR), Nad et Axcel. Cela a pris deux nuits. Je n’ai fait que signer », a-t-il affirmé.

« Il y a quelques points de l’affidavit qui sont faux », a ajouté Husein Abdool Rahim, précisant que les accusations de blanchiment étaient fausses. Les captures d’écran de messages WhatsApp seraient vraies cependant, de même que les 20 000 euros qui étaient bloqués sur son compte. Ravi Yerrigadoo, « en tant qu’ami », l’aurait aidé à recouvrer la somme. Le périple en Europe a bel et bien eu lieu selon lui.

Excuses présentées

S’il s’est tourné vers l’express, dit-il, c’est parce qu’il voulait que Sylvio Sundanum cesse de le menacer d’aller faire une déposition contre lui pour récupérer son argent. « Ils m’ont dit que si je jurais un affidavit, Sylvio Sundanum ne pourrait pas me toucher », a raconté le signataire du faux affidavit. Il aurait changé d’avis parce qu’on l’aurait laissé tomber après qu’il a juré l’affidavit. L’affaire de sextorsion impliquant son ex-petite amie ne serait qu’une excuse pour l’abandonner, selon lui.

« Peut-être que je vais jurer un autre affidavit dans les jours qui viennent », a indiqué Husein Abdool Rahim avant de présenter ses excuses à l’ex-Attorney General et à Sylvio Sundanum.

Axcel Chenney : «Notre histoire est basée sur des faits»

Axcel Chenney, un des journalistes ayant signé les articles rapportant les accusations contenues dans l’affidavit de Husein Abdool Rahim, a défendu l’engagement de l’express dans l’affaire. Il réagissait en direct au retournement de veste de Husein Abdool Rahim sur le plateau de Nawaz Noorbux et Jean-Luc Émile. « Notre histoire est basée sur des faits. Le fait que nous ayons fait faire un affidavit démontre notre bonne foi. » Selon lui, il n’y a qu’une question qui vaille la peine d’être posée dans cette affaire : « Ravi Yerrigadoo a-t-il outrepassé ses responsabilités quand il est venu en aide à ce garçon ? »

Pour Axcel Chenney, le fait que Ravi Yerrigadoo ait démissionné est la preuve qu’il « estime que l’article contient certaines vérités ». S’il a aussi reconnu que les journalistes de l’express ont eu une part active dans la rédaction de l’affidavit, il a expliqué qu’ils ont commencé à prendre leurs distances quand l’affaire de sextorsion a éclaté. « Il y a eu des problèmes quand nous avons refusé de le soutenir dans l’affaire de sextorsion », a affirmé Axcel Chenney. Il a accusé Husein Abdool Rahim de négocier avec la partie adverse pour « lui offrir une porte de sortie ». Puis il a ajouté : « Non, il n’y a pas eu de complot. »

Roshi Bhadain pas au pays

Roshi Bhadain n’a pas été joignable pour une déclaration. Ce dernier n’est pas au pays et nul ne sait quand il rentrera. Au Reform Party, on demande à ne pas faire d’amalgame entre l’avocat Roshi Bhadain et le parti. D’ailleurs, son arrivée est attendue par plus d’un pour qu’il puisse être confronté aux dires de Husein Abdool Rahim.


 

Réactions de la classe politique

Mamade Khodabocus, secrétaire général du PMSD :

« C’est du cinéma. Il faudra faire la lumière sur cette affaire. Il faut que la police mène une enquête approfondie pour situer les responsabilités, car il y a trop de gens cités. Le pays doit savoir qui est derrière tout cela. »

Patrick Assirvaden, président du PTr :

« Il faudra mettre une commission d’enquête sur pied. Elle doit être présidée par un magistrat ou un juge, car la police ne pourra pas enquêter dans cette affaire. Un Attorney General, un directeur des publications et d’autres personnes sont cités. Il faut tirer tout cela au clair. Il faut notamment déterminer si le dénonciateur a subi des pressions et si les manuscrits sont authentiques. »

Ashok Subron, militant de gauche :

« Je compte me prononcer après avoir examiné cette affaire en détail. »

Paul Bérenger, leader du MMM :

« Je vais me prononcer samedi durant ma conférence de presse. »

Ashley Hurhangee, ancien avocat de Husein Abdool Rahim :

« J’ai pris la bonne décision en me désistant de l’affaire. J’avais perçu qu’Husein Abdool Rahim me mentait et il me l’a confirmé. J’ai donc informé les autorités que je me retirais de l’affaire. Ses déclarations à la radio me donnent raison. »

Ravi Yerrigadoo : «S’il a dit toute la vérité, je lui pardonne»

C’est un Ravi Yerrigadoo en pleurs qui est intervenu sur Radio Plus, jeudi après-midi. « La vérité a fini par triompher », se réjouit-il. « C’est le premier jour de Navratri aujourd’hui (jeudi, NdlR). J’étais en train de prier avec ma famille. J’ai reçu plusieurs appels pour me dire d’écouter la radio. Je n’ai pas entendu toute la version d’Husein Abdool Rahim. Concernant ses excuses, je veux juste dire que je suis heureux qu’il se soit rendu compte de ce qu’il a fait. J’ai dû démissionner à cause de ses allégations », a déclaré Ravi Yerrigadoo.

L’intéressé a démissionné de son poste d’Attorney General, le mercredi 13 septembre, à la demande du Premier ministre Pravind Jugnauth. Est-il prêt à accorder son pardon à Husein Abdool Rahim qui lui a présenté ses excuses en direct sur Radio Plus ? « Si Husein Abdool Rahim a dit la vérité, toute la vérité et rien que la vérité et s’il m’a présenté ses excuses, je lui pardonne. »