49 ans après l’Indépendance : pourquoi la lutte syndicale s’est-elle refroidie ?

By Mario Boutia O commentaire
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La lutte pour l’Indépendance trouve sa genèse dans les grands combats menés par des tribuns. De Maurice Curé, Emmanuel Anquetil, Guy Rozemont, en passant par Paul Bérenger, les travailleurs ont bravé les répressions au nom de la solidarité dans un même combat pour tous.

«Il n’y a plus cette solidarité qui existait avant, par exemple, dans les années 36 à 70 où les travailleurs se battaient pour une amélioration de leurs conditions de service, déplore le secrétaire de la Confédération des Travailleurs du secteur Privé. Pauvres, ils n’avaient rien à perdre sauf peut-être leur liberté, mais aujourd’hui, ils se sont empêtrés dans le système capitaliste et se sont endettés. Pris dans l’engrenage, ils sont obligés de faire des heures supplémentaires pour se faire un peu d’ argent. Ils sont devenus matérialistes et individualistes... » Ce qui explique, selon lui, que les travailleurs boudent de plus en plus les activités syndicales de peur d’être privés des heures supplémentaires.

Reeaz Chuttoo estime, lui, qu’il y a d’autres raisons qui découragent les travailleurs à se joindre à la lutte syndicale. Dont « la répression sournoise qui les mine ». Il cite notamment des clauses de la loi qui sont « très répressives ». Comme le fait qu’un patron peut licencier un employé sans aucune compensation s’il est trouvé coupable par un comité disciplinaire. Il pointe aussi du doigt des syndicalistes qui se servent des travailleurs pour arriver à leur propre fin.

De son côté, le président de la Fédération des syndicats du secteur public, Rashid Imrith, estime que les travailleurs sont découragés par la façon de faire de certains syndicalistes. « Travayer finn trouve ki bann syndikalis finn servi le mouvman syndikal pou fer la politik e kan zot finn eli, zot tourn le do ek travayer. ». Il maintient, toutefois, que les syndicats ont toujours leur importance dans la fonction publique.

Professeur Torul  : «Le syndicalisme a toujours sa raison d’être»

L’ancien président de la Commission de Conciliation et de Médiation reconnaît que les syndicats ont été déterminants dans la lutte pour l’Indépendance. Il cite celle des grands tribuns, à l’instar de Maurice Curé, Pandit Sahadeo, Emmanuel Anquetil et sir Seewoosagur Ramgoolam, entre autres.

Il estime que le syndicalisme a toujours un rôle à jouer dans notre société moderne, mais qu’il lui faut garder son indépendance vis-à-vis des partis politiques. Il pense que les syndicalistes doivent pouvoir répondre aux grands défis  du monde contemporain comme la globalisation, la négociation collective et voir comment régler le problème du faible taux syndical.

Le Professeur Torul ajoute que la classe syndicale a aussi un grand rôle dans le combat pour le progrès économique des travailleurs au sein de leurs entreprises. Pour mieux répondre à ces défis, il préconise des cours obligatoires de formation aux syndicalistes.

Brin d’histoire : les grands combats syndicaux à Maurice

  • 18 septembre 1934  

Le Dr Maurice Curé, élu à une élection partielle, en remplacement du démissionnaire, Roger Pezanni, fait un plaidoyer au conseil du gouvernement en faveur de la classe ouvrière.

  • 23 février 1936

Lors d’un meeting au Champ- de-Mars, l’assistance vote le principe de créer le Parti travailliste.

  • 21 avril 1936

Le Parti travailliste installe ses premières assises au 3, Place Foch à Port-Louis, dans le cabinet du Dr H. Jeetoo. C’est le début de la grande croisade pour la  conscientisation de la masse des travailleurs.

  • Août 1937

Mécontentement de petits planteurs suite à un litige avec les usiniers à propos des cannes de la variété UBA. Ce qui déclenche un grave conflit social culminant à une fusillade, à Flacq et à l’Escalier, qui fait quatre morts parmi les laboureurs. Sookdeo Gobin, Anandoh Gowree et Dawood Lallmohamood tombent sous les balles le 13 août 1937 à Flacq et Ayoob Madarbaccus est tué à l’Escalier le 27 août 1937.

  • 18 août 1937

Le pouvoir colonial nomme la commission Hooper pour enquêter sur les causes de ces troubles. Emmanuel Anquetil dépose devant la commission le 16 et le 21 octobre suivants. Il axe son intervention principalement sur le sort des laboureurs indiens.

  • 30 mars 1938

La commission Hooper soumet son rapport. Parmi ses recommandations, figurent une augmentation des gages et de salaires, la fixation des gages minima et la reconnaissance syndicale.

  • 19 avril 1938

Le droit d’association est reconnu.

  • 1er mai 1938

Premier rassemblement du travail à Maurice.

  • 23 juin 1938

Institution du premier bureau du travail. Les premiers inspecteurs sont Jaya Narayan Roy, K. Hazareesing, A. Ahmed, B. Ramgoolam, Georges Maya et Philippe de Robillard.

  • 31 août 1938

Le ‘Docks, Wharves and Harbour Workers Union’ vote en faveur d’un arrêt de travail pour réclamer la réintégration d’un employé.

  • 1er septembre 1938

Le port est paralysé et les travailleurs revendiquent aussi une augmentation salariale. Ils sont dans l’illégalité, car toute grève de cette nature est interdite par la loi. Malgré les interventions des inspecteurs du travail, les grévistes campent sur leur position.

  • 6 septembre 1938

Intervention d’Emmanuel Anquetil et arrêt de la grève, mais entre-temps, des troubles éclatent dans certains endroits. Le même jour, le gouverneur sir Bede Clifford instaure l’État d’urgence et Emmanuel Anquetil est déporté à Rodrigues pendant deux mois. Maurice Curé et le Pandit Sahadeo sont assignés à la résidence surveillée.  

  • 27 septembre 1943

Anjalay Coopen, Kistnasammy Moonsamy, Moonsamy Moonien et Marday Parapen tombent sous les balles à Belle-Vue. Une commission d’enquête présidée par Sydney Moody est nommée. Dans son rapport publié en décembre 1944, figurent plusieurs propositions en faveur des travailleurs.

  • 29 avril 1949

Guy Rozemont présente une motion au conseil législatif pour que le jour célébrant le travail soit férié.

  • 1 er mai 1950

C’est la première fois que les travailleurs jouissent d’un jour de congé pour la Fête du travail.

  • 12 mars 1968

Maurice accède à l’Indépendance.

  • 1969

Naissance du MMM.

  • 1970

Formation de la General Workers Federation.

  • 1971

Grève générale pour une amélioration des conditions de travail dans plusieurs secteurs dont le transport, le port et l’industrie sucrière. Plusieurs militants et des syndicalistes  sont incarcérés.

  • Août 1979

Une grève paralyse plusieurs secteurs dont le transport et le port.

  • Novembre 2014

Grève légale dans l’industrie sucrière.