15 ans de galère : les tribulations d’un policier suspendu

Par Reshad Toorab O commentaire
Jagdeo Kheddoo.

Il a été interdit de ses fonctions de policier, en 2000, après des allégations portées contre lui par des malfrats. En 2013, la cour l’innocente. Mais la police traîne les pieds pour le réintégrer à son poste. L’agent de l’ordre se demande comment faire pour gagner sa subsistance

Le constable Jagdeo Kheddoo, 50 ans, marié et père de deux enfants, habite Rivière-du-Poste. Il compte 14 ans de service dans les forces de l’ordre. Le 15 janvier 2000, il a été arrêté par le Central Criminal Investigation Department (CCID) et poursuivi sous deux charges formelles de vol à main armée (lacerny whilst being armed with an offensive weapon) en violation des articles 301(1) et 305(1)(a) du Code pénal et d’une accusation de recel (possession of articles obtained by means of a crime).

Le policier avait plaidé non coupable dans cette affaire et évoqué un « coup monté ». Il affirmait « se trouver au mauvais endroit au mauvais moment et que les auteurs du braquage en question l’avaient impliqué injustement ». Faisant état de la lourdeur des procédures judiciaires, le constable Jagdeo indique que l’affaire a traîné pendant neuf ans devant la cour de Rose-Hill, avant que le procès ne soit enfin logé devant à la cour intermédiaire le 14 janvier 2010.

12 ans de procédure

« Douze ans durant, j’ai été interdit de fonctions jusqu’au 18 octobre 2012, où le magistrat de la cour intermédiaire m’a lavé de tout blâme et a rayé l’affaire. Le verdict du magistrat Neerooa se lit comme suit : « I therefore dismiss the case against the accused under both counts of the present information. » La cour avait déploré le temps pris pour juger cette affaire, le manque de fiabilité des personnes appelées à témoigner au procès, ce qui a fait perdre 13 ans de vie professionnelle au prévenu. « Le délit aurait été commis en 1999.Le prévenu, un agent de police, a été suspendu de ses fonctions sur la base des allégations des témoins (peu crédibles) appelés dans cette affaire. Le résultat est là : 13 années d’une vie gâchée. »

Jagdeo et sa famille ont retrouvé le sourire, après ce verdict. « Nous nous réjouissons de cette bonne nouvelle. Nous pouvons enfin marcher la tête haute dans la rue. Pendant ces douze longues années, il a fallu porter le poids de ce blâme social, supporter les moqueries, les médisances, les jugements infondés des gens. Maintenant, j’attends d’être réintégré dans les rangs de la police. »

Les jours, les mois passent depuis le 15 juillet 2013 et rien ne se produit. Jagdeo Kheddoo a adressé une lettre au Commissaire de Police qui a référé le cas à la Disciplined Forces Service Commission (DFSC). Grande a été la surprise du policier quand la DFSC a refusé sa réintégration et lui a suggéré de prendre une retraite anticipée « dans l’intérêt public » sous l’article 91 de la Constitution. Il refuse. « Je n’ai jamais fauté dans mes tâches, j’estime être une victime d’une politique de deux poids, deux mesures. Je ne sais pas sur quoi la DFSC se base pour vouloir m’exclure des rangs de la police alors que la justice de mon pays m’a jugé non coupable des faits portés contre moi. En outre, je n’ai jamais eu des antécédents judiciaires dans ma carrière. »

Judicial Review et salaires

Le comble, c’est que depuis 2014, après l’énoncé du jugement, Jagdeo Kheddoo ne touche plus aucun salaire, au motif qu’il a refusé l’offre de la DFSC.

Aujourd’hui, il doit se contenter de faire des petits boulots, çà et là, pour subvenir aux besoins de sa famille. « Pourtant, si je n’avais pas été suspendu de mes fonctions sur la base d’une allégation infondée, j’aurais atteint le rang de chef inspecteur. Depuis 2009, je n’ai pas été autorisé à passer les examens de promotion au sein de la force policière. »

Sollicité pour une réaction, l’inspecteur Jaylall Boojhawon, président du Police Officers Solidarity Union, nous explique la procédure à suivre en cas de suspension d’un policier de ses fonctions. « Le Commissaire de Police devra adresser une lettre de recommandation auprès de la DFSC pour indiquer que le plaignant a été blanchi et qu’il devra soit réintégrer son poste, soit être renvoyé for public interest. Par la suite, la DFSC devra informer le fonctionnaire suspendu de cette décision.

Dans le cas que vous évoquez, j’ai invité le constable Jagdeo Kheddoo à prendre contact avec moi. Je ne connais pas son dossier et je ne sais pas pour quels motifs on veut le renvoyer for public interest. Je ne trouve pas cela raisonnable en tant que responsable syndical. Je pense que Jagdeo Kheddoo aurait dû demander une Judicial Review de la décision de la DFSC dans le délai statutaire de trois mois. »